François Gabart : le bois, le carbone et l’éloge du rêve

par | 18 septembre 2026

Dans : People | Podcast
François Gabart a gagné le Vendée Globe 2012-2013 en 78 jours, puis bouclé le tour du monde en solitaire en 42 jours sur le trimaran MACIF, en 2017. Aujourd’hui, il vit sur un voilier en bois avec sa femme et ses enfants, pour un tour du monde de trois ans. C’est depuis l’archipel des Gambier, […]
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François Gabart : le bois, le carbone et l’éloge du rêve

François Gabart a gagné le Vendée Globe 2012-2013 en 78 jours, puis bouclé le tour du monde en solitaire en 42 jours sur le trimaran MACIF, en 2017. Aujourd’hui, il vit sur un voilier en bois avec sa femme et ses enfants, pour un tour du monde de trois ans. C’est depuis l’archipel des Gambier, au milieu du Pacifique, qu’il a répondu en visio à En Roue Libre. À bord, il a un vélo : un gravel en bois, fabriqué à La Rochelle par les Ateliers Gonelle.

Par Antoine Taillefer··4 min de lecture
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François Gabart : le bois, le carbone et l’éloge du rêve

Transparence : François Gabart est actionnaire minoritaire des Ateliers Gonelle, dont il possède un vélo. Il le dit lui-même dans l’épisode. Cette conversation n’est pas un contenu sponsorisé et aucune contrepartie n’a été versée.

Trois ans autour du monde, au rythme des cyclones

Le voyage a commencé en Scandinavie, par l’Irlande, l’Écosse et la Norvège, avant la transat vers les Antilles, le Panama puis la traversée du Pacifique. La suite est tracée dans les grandes lignes : la Polynésie, la Nouvelle-Zélande pendant l’été austral, le détroit de Torres, l’Indonésie, l’océan Indien, l’Afrique du Sud, puis la remontée de l’Atlantique. Un calendrier dicté par les saisons cycloniques, mais volontairement souple, parce que « les plans sont faits pour être changés ».

Pour le recordman, c’est une autre relation au temps. Le tour du monde en course, c’est aller le plus vite possible. En famille, c’est prendre le temps de rester là où l’on se sent bien. Et c’est un schéma familial qu’il reproduit : enfant, il a lui-même vécu un an sur un bateau avec ses parents et ses deux sœurs.

Le voyage à vélo, incroyablement accessible

En quittant Stavanger, en Norvège, la famille a pris à bord un jeune couple de cyclovoyageurs qui faisait du bateau-stop. Partis à vélo quatre mois plus tôt, ils avaient traversé l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Finlande, la Suède et la Norvège. Ils ont fini par faire toute la transat avec eux : sept vélos à bord. De quoi convaincre le marin : « Il n’y a pas besoin d’être un athlète de haut niveau à rouler à 50 km à l’heure pour partir voyager à vélo. » Il se dit d’ailleurs convaincu que la France et l’Europe sont un terrain de voyage à vélo incroyable, notamment en gravel.

Un coup de foudre au Roc d’Azur

À l’automne 2024, il accompagne son fils aîné, vététiste passionné d’enduro et de descente, au Roc d’Azur. Sur un stand, il découvre les vélos en bois des Ateliers Gonelle : « J’ai flashé sur ce vélo en bois. Et j’ai trouvé ça beau. » Les fondateurs viennent en partie du nautisme, la conversation s’engage sur la construction en sandwich, les biocomposites, la fibre de lin. Quelques mois plus tard, quand la jeune entreprise lève des fonds pour structurer sa production, il investit à titre presque symbolique, quelques milliers d’euros.

Sur son vélo, il ne cherche pas la performance : « Moi, ce que je veux, c’est un vélo confortable. » Le bois, qui absorbe les vibrations, et des essences locales comme le peuplier, le frêne ou le Paulownia répondent à ce besoin, avec un argument de plus : des cadres fabriqués en France, en circuit court. Le modèle qu’il a à bord, un Embrun, est proposé en kit cadre à 3 700 € pour 2,2 kg. Son amour du bois vient de loin : son premier Optimist, en contreplaqué, avait été construit par son père.

Le carbone, matériau extraordinaire… et pétrolier

Personne n’est mieux placé que lui pour parler du carbone. Les ultimes sur lesquels il a navigué mesurent 32 mètres de long et 23 mètres de large, pour un poids inférieur à celui de son bateau-maison en bois, et filent à plus de 50 nœuds, près de 100 km/h. Sans le carbone, les bateaux qui volent sur leurs foils n’existeraient probablement pas. Mais il tient à le rappeler : « le carbone est aussi de la pétrochimie, c’est du pétrole ».

Et le recyclage reste un casse-tête. Broyer le composite pour le réinjecter dans d’autres matériaux dégrade ses propriétés à chaque cycle : ce n’est « pas parfaitement circulaire ». Chez Merconcept, sa société de course au large, on réutilise les chutes de carbone (jusque dans des branches de lunettes avec Julbo) et du carbone pré-imprégné trop ancien pour l’aéronautique. Sa ligne est claire : « faut surtout pas le jeter, faut pas l’enfouir, faut l’utiliser ». En IMOCA, les analyses de cycle de vie imposent désormais de faire 20 % de moins que le bateau précédent.

Antoine fait le parallèle avec le VTT : sur la Coupe du monde de descente de Loudenvielle, les marques qui travaillent l’aluminium, comme Commencal, font évoluer leurs cadres bien plus vite que celles qui dépendent de moules carbone très coûteux.

« La technique ne résoudra pas tout »

Ingénieur de formation, François Gabart défend la recherche, mais refuse la fuite en avant : « c’est une évidence que la technique ne résoudra pas tout ». Il faut aussi interroger nos usages, et se demander : « a-t-on vraiment besoin d’être aussi léger ? » Sur un vélo comme sur un bateau, le gain de vitesse se paie souvent en confort, et le carbone, très raide, fait aussi caisse de résonance.

L’éloge du rêve

La conversation se termine sur ce qui l’anime depuis l’enfance. Le rêve n’a rien de péjoratif pour lui : c’est un moteur de l’action. Il en veut pour preuve Vela, la société de fret maritime 100 % à la voile qu’il a fondée, dont le trimaran doit transporter plus de 500 tonnes de marchandises entre l’Europe et les États-Unis. « Je revendique vachement le rêve », dit-il, jusqu’à celui d’une société où l’on se déplace à vélo au quotidien.

Et pour un prochain épisode, il suggère deux marins cyclistes, Franck Cammas et Tom Laperche, et, pour son fils, Fabio Wibmer.

Merci aux Ateliers Gonelle, qui ont rendu cette rencontre possible. Pour ne manquer aucun épisode, abonnez-vous à la newsletter En Roue Libre.

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